Six ans après l'explosion qui a dévasté le port de Beyrouth, la Méditerranée orientale et la Méditerranée occidentale viennent de resserrer leurs liens. Le port de Marseille Fos et le port de Beyrouth ont renouvelé, ce 21 juillet, leur protocole d'accord au Port Center de Marseille, en présence de Philippe Tabarot, ministre des Transports, de Fayez Rasamny, ministre libanais des Transports et de Marwan Naffi, président directeur général du port de Beyrouth.
La délégation libanaise, emmenée par Fayez Rasamny et Marwan Naffi et accompagnée de l’ambassadeur du Liban en France, Rabih Chaer, a posé ses valises à Marseille pour deux jours, les 21 et 22 juillet, afin de resserrer les liens avec le port phocéen, visiter ses installations et échanger avec Rodolphe Saadé. Le PDG de CMA CGM, né et élevé entre le Liban et la Syrie avant de s’installer à Marseille en 1978, incarne à lui seul la profondeur de cette relation.
Le groupe de transport et de logistique multiplie d’ailleurs depuis plusieurs années les opérations humanitaires, via la Fondation CMA CGM, en direction du Liban : affrètement de navire vers Beyrouth, mise à disposition d’un A330 en juin dernier pour venir en aide aux centaines de milliers de personnes déplacées par les frappes israéliennes visant le Hezbollah.
Marseille Fos et Beyrouth : un partenariat renforcé
Les tonnages échangés entre Marseille et le Liban restent modestes, mais les liens d’amitié sont anciens, à commencer par ceux que Jacques Saadé, le père de Rodolphe, avait noués avec l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, assassiné en 2005. L’accord initial avec Marseille Fos, signé en 2022, avait permis d’accompagner le port de Beyrouth dans la reconstruction de ses infrastructures au lendemain de l’explosion qui avait fait 235 morts et 7 000 blessés. Il portait sur les terminaux, la gouvernance portuaire, les opérations logistiques, la sûreté et la sécurité.
Six ans après le 4 août 2020, Fayez Rasamny insiste encore sur le volet humain avant celui des infrastructures : « on doit faire tout pour que le port soit certifié catégorie 1 », au regard du code ISPS. Une exigence directement liée aux circonstances du drame : « l’explosion qui est arrivée, ce sont des erreurs humaines […] on doit corriger les erreurs humaines et faire appel à des personnes qualifiées ». Cette priorité sécuritaire dépasse le seul port : « La priorité chez nous, c’est la sécurité […] la sécurité des citoyens libanais à l’aéroport de Beyrouth, au port ».
« Qu’il s’agisse de partenariat portuaire, de transport urbain ou de transport aérien, nous sommes à vos côtés, pour vous protéger et pour vous aider à maintenir la souveraineté de votre pays », a souligné Philippe Tabarot.
La nouvelle convention, conclue pour trois ans, s’articule désormais autour du développement commercial, de la coopération technique, de l’innovation et de la transition énergétique, avec l’ambition de dynamiser les flux entre la Méditerranée orientale et l’Europe en développant les services feeder, la logistique, l’intermodalité, la digitalisation et la décarbonation. « Ce partenariat produira des résultats, créera des opportunités économiques et renforcera les liens entre les deux pays », a résumé Christophe Castaner, président du conseil de surveillance du GPMM.
Autre signe de cette montée en puissance : Marseille Fos a proposé à son homologue libanais de rejoindre le Club des ports de l’Indian Middle East Economic Corridor (IMEC), lancé en mai 2026, plateforme de dialogue entre autorités portuaires positionnée sur le corridor économique reliant l’Inde, le Moyen-Orient et l’Europe. Christophe Castaner a d’ailleurs souligné la portée politique de cette rencontre, rappelant que l’accord de 2022 disposait d’un protocole ambitieux dont le contenu restait à construire : « Notre venue aujourd’hui (…) doit être un acte d’engagement profond ».
Fayez Rasamny a, de son côté, inscrit la signature dans l’ambition de modernisation portée par son ministère depuis février 2025, affirmant vouloir « faire du port de Beyrouth un port plus moderne, plus performant, plus transparent et pleinement intégré au grand réseau du commerce international ».
Les enjeux de relation Ville-Port constituent un autre axe des échanges engagés entre les deux délégations. Fort de leurs expériences respectives, Marseille Fos et Beyrouth entendent poursuivre le dialogue sur l’intégration des activités portuaires dans leur environnement urbain, la valorisation des interfaces Ville-Port et l’acceptabilité des projets portuaires auprès des territoires.
Port de Beyrouth, nouveau schéma directeur
Fondé en 1887, le port de Beyrouth reste la principale porte d’entrée du Liban vers le commerce international. Reconstruit après 2020, il s’est doté en novembre 2025 d’un nouveau schéma directeur portant sur l’extension de ses capacités, le développement d’un port sec et un programme de digitalisation aligné sur les standards internationaux. Il compte aujourd’hui 16 postes à quai et traite conteneurs, marchandises générales, céréales et véhicules.
En marge de la signature, Fayez Rasamny a précisé les attentes concrètes du Liban vis-à-vis de ce partenariat, le situant d’abord dans un besoin d’accompagnement. Le premier chantier identifié est environnemental : « Nous allons apprendre du port de Marseille en matière de réduction des émissions de CO2 et d’adaptation au changement climatique », souligne le ministre, tout en pointant une contrainte structurelle qui freine ces ambitions : « nous n’avons pas d’électricité suffisante au Liban (…) pour investir au port de Beyrouth ».
Diversification des alliances
Ce partenariat marseillais s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des alliances portuaires. Ainsi, juste avant sa venue à Marseille Fayez Rasamny, ministre issu du secteur privé (Pdg d’une société de concession automobile au Liban) s’est rendu sur le port d’Anvers-Bruges pour y renforcer la coopération maritime. Il a visité le terminal à conteneurs MPET, échangé sur la gouvernance portuaire et la transformation numérique.
En février 2026, il s’est rendu à Washington (Maison Blanche, Trésor, Département d’État, DFC, Banque mondiale) et a multiplié les rencontres sur le thème de la modernisation des ports et aéroports libanais via le financement LEAP et les partenariats public-privé. Il a d’ailleurs annoncé à Marseille, le lancement le 6 juin 2026, des travaux de réhabilitation de l’aéroport René-Mouawad de Qleyaat, dans l’Akkar. Le deuxième aéroport civil du pays, à seulement 6 km de la frontière syrienne, devrait entrer en service en novembre prochain.
Corridor ferroviaire Tripoli-Syrie
Enfin, le ministre a confirmé l’ambition régionale du Liban autour du corridor Tripoli-Syrie : « Nous nous préparons à connecter le port de Beyrouth à la frontière syrienne (…) nous réalisons une étude pour relier le port de Tripoli au territoire syrien, soit 45 kilomètres de voie ferrée ».
Un appel d’offres a été lancé en mai 2026 pour la modernisation et la planification de cette ligne ferroviaire Tripoli–Al-Abboudiyé, présentée comme le prolongement logique du port et de la zone franche de Tripoli vers l’arrière-pays syrien, un axe de connexion régionale que le montage, adossé à un partenariat public-privé, ambitionne d’ouvrir au transit de conteneurs. Avec la fermeture d’Ormuz depuis le 28 février dernier, les corridors terrestres deviennent un enjeu stratégique.

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